Lancaster County, le Pays Amish, Pennsylvanie

Lancaster County, Amish, Pennsylvanie

Situer ce lieu sur une carte

Très certainement l’une des régions rurales les plus visitées du pays, le comté de Lancaster se trouve à 50 miles (75 km) environ à l’ouest de Philadelphie. Il s’étend sur une distance de près de 45 miles (soit 65 kilomètres) entre Churchtown à l’est et la rivière Susquehanna à l’ouest. Dans le passé, la petite ville assoupie de Lancaster City (population 60.000), 15 kilomètres à l’est de la rivière, fût la capitale de la nation. Une heure de gloire véritablement éphémère puisque cela n’a duré… qu’un seul jour, en septembre 1777. Ce n’est évidemment pas ça qui fait du comté de la ville un site remarquable aujourd’hui mais plutôt ses habitants. En effet se regroupe ici un ensemble de communautés religieuses et agricoles, connues sous le nom des Pennsylvania Dutch.

Ce terme signifie littéralement les « hollandais de Pennsylvanie ». Un nom tout à fait erroné puisque ces communautés n’ont rien à voir avec la Hollande mais il s’agit en réalité d’une déformation du mot Deutsch qui signifie Allemand. L’origine de ces communautés remonte au 16e siècle où un mouvement appelé les Anabaptistes fût fondé par un certain Menno Simons dans ce qui est aujourd’hui la Suisse. Son interprétation littérale de la Bible, sans aucun égard pour les religions existantes, conduisit le mouvement vers la persécution (un grand classique de l’époque) et c’est donc ici que les Anabaptistes croisent la route d’un certain William Penn. En effet, comme nous l’avons vu, Mr Penn prenait très à cœur le principe fondateur de sa nouvelle colonie, la liberté individuelle et religieuse. Dans les années 1720 il invita donc fort logiquement les Anabaptistes à venir s’installer en Pennsylvanie et plus particulièrement dans la région de Lancaster.

Aujourd’hui les Anabaptistes se sont dissociés en une vingtaine d’ordres différents. Le plus célèbre et le plus ancien est l’ordre des Amish. Les Amish sont les habitants les plus connus du Lancaster County, notamment car leur culture a inspiré bon nombre de films et de livres populaires aux Usa. Il faut noter que les Amish avaient déjà fait scission de l’ordre originel des Anabaptistes et de Menno Simons dès la fin du 17e siècle et donc bien avant de venir s’installer en Amérique. C’est l’ordre le plus strict, régi par une série de règle qui ne repose sur aucun écrit mais uniquement sur une transmission culturelle. Les hommes portent un large chapeau et la barbe (mais pas de moustache, considérée comme un signe militaire). Les femmes arborent un bonnet et des tabliers très sobres (le plus simples possibles, sans effets de mode comme… des boutons). Hommes et femmes s’habillent de façon très modeste. Les Amish refusent l’utilisation de l’électricité, en dehors de quelques générateurs pour faire fonctionner leurs fermes, et d’une façon générale toute forme de modernité. Ils se déplacent sur les routes du comté dans des attelages en bois tirés par des chevaux. En dépit de leur isolement et de leur mode de vie, les Amish ne sont pas totalement en dehors de la société américaine et dans la pratique ils sont en fait beaucoup moins isolés que bon nombre de paysans de l’Europe. Ils sont secrets mais ne refusent pas le contact avec les personnes extérieures à leur ordre et s’avèrent même le plus souvent assez accueillant. Il convient toutefois de respecter quelques règles comme celui de ne pas les prendre en photo car les « images » sont contraires à leurs croyances. Aux côtés des Amish on trouve les Mennonites (qui est plus ou moins la continuité de l’ordre originel des Anabaptistes et de Menno Simons), plus libéraux, et les Luthériens considéré également comme plus libéraux. Pour l’œil inexpérimenté il n’est pas toujours facile de reconnaître qui est qui (si ce n’est que les Luthériens tracent des signes colorés sur leurs fermes).

Aux Usa et dans le reste du monde c’est le succès hollywoodien « Witness », film avec Harrison Ford, qui a popularisé les Amish. Toutefois le Lancaster County était déjà un haut lieu touristique dans le pays avant la sortie du film. Malgré sa fréquentation le comté a conservé son cadre naturel fait de petites colines et de campagnes souriantes. Un peu partout s’étendent des exploitations agricoles fertiles et sur le bord des routes de petits magasins d’artisanat ou de produits maisons (confitures, tartes). Des écoles rurales, des fermes richement fleuries et d’une façon générale la vie locale sortie tout droit de la Petite Maison dans la Prairie donne au comté de Lancaster une façade très idyllique.

Une façade et un paysage qu’il convient d’apprécier à sa juste valeur. Soyez averti, ceux qui voudront explorer et découvrir plus en profondeur les cultures locales risquent d’être parfois déçus. En effet, le succès touristique du Pennsylvania Dutch County est tel que nombre de communauté ont cédé à la tentation capitaliste (nous sommes en Amérique rappelons-le) en monnayant leur mode de vie. Ne soyez pas surpris de voir que l’on vous demande une « donation » pour prendre une photo, monter dans une carriole en bois ou assister à un morceau de vie « locale ». Sans avoir perdu en charme le Lancaster County n’est certainement plus aussi authentique qu’il a pu l’être. Les communautés les plus strictes ont depuis longtemps déménagés vers des régions moins fréquentées, en Indiana ou dans l’Iowa. Il n’empêche qu’il est inutile de foncer tout droit vers ses lieux plus authentiques car vous n’y trouverez que des portes closes.

Visiter le Lancaster County

Tout d’abord il faut s’y rendre. Pour cela le mieux est évidemment de posséder une voiture. On peut accéder au Lancaster County via l’autoroute payante Pennsylvania Turnpike ou via la route US-30 qui est beaucoup plus scénique. Les trains de la compagnie Amtrak (trains longues distances) desservent la gare de la ville de Lancaster mais bon une fois sur place pour se déplacer il vous faudra… une voiture. De toutes façons aux Usa vous aurez beau prendre le problème par tous les bouts, vous en reviendrez toujours à la même conclusion : il faut une voiture. Le Pennsylvania Dutch Convention and VIsitors Bureau (l’office du tourisme donc) se trouve sur la route US-30. C’est une bonne source d’information sur la région et ses particularités ainsi que sur les hébergements. Toujours sur la route US-30 le Mennonite Information Center n’est pas vraiment un office du tourisme mais plutôt un centre d’accueil pour les touristes à la découverte de la communauté Mennonite. Pas très utile dans l’absolu si ce n’est pour organiser une nuit dans une famille Mennonite de la région. Il faut les contacter à l’avance pour organiser cette expérience. Sachez toutefois que tout ceci est bien rodé et que cela revient plus à passer une nuit dans un B&B traditionnel qu’autre chose.

Ensuite il faut trouver un hébergement, et ce n’est pas toujours facile car le Lancaster County est pris d’assaut à certaine période de l’année. Il n’est pas forcément nécessaire de passer une nuit dans la région mais cela vous permettra de prendre plus de temps sur les petites routes et surtout de profiter d’un bon hôtel ou B&B. Les gîtes ruraux sont également nombreux, chez des Amish ou autres. Il faut se renseigner à l’office du tourisme officiel pour obtenir la liste. Comme bonne adresse je peux vous conseiller le Village Inn and Suites. C’est un B&B chic et traditionnel, bien confortable et très bien situé en pays Amish dans le village au nom rigolo de Bird In Hand (l’oiseau dans la main).

En parlant de noms marrants, vous découvrirez rapidement que c’est un peu une spécialité locale. Dans un pays où les noms sont très génériques, le Lancaster County compte au moins deux curiosités, à savoir les villes de Bird In Hand et surtout d’Intercourse. En anglais Intercourse signifie littéralement « relation sexuelle ». Vous vous en doutez, les américains, qui ne perdent pas une miette de marketing, ont donc inventé tous les souvenirs possibles dans cette ville et surtout nombreuses cartes postales avec tous les jeux de mots imaginables. Dans l’absolu le nom de la ville est on ne peut plus bateau, car elle se trouve tout simplement au croisement de deux grandes routes. Sachez en outre que vous pourrez également vous rendre à Strasburg et même y emprunter un vieux train à vapeur dont la destination n’est autre que Paradise (le Paradis). Ce dernier village n’est toutefois pas aussi riche en plaisirs célestes que son nom pourrait le laisser croire !

Pour explorer le Lancaster County, rien ne vaut d’emprunter les petites routes un peu au hasard. Les tours guidés et les différents musées présentent la région sous un angle historique et permettent d’avoir une bonne approche culturelle mais généralement ils ne reflètent pas la réalité de la vie Amish mais plutôt la vie Amish telle qu’elle est perçue par le reste des américains. Evidement le mot Amish est utilisé à toutes les sauces et le folklore est largement exploité sous tous ses angles mais le Lancaster County possède ceci d’exceptionnel (surtout aux Usa) qu’il ne s’agit pas d’un musée et pour s’en rendre compte il faut se balader au milieu des ruisseaux, le long des champs de tabac, au cœur de cette douce campagne qui semble vivre très loin de la folie des grandes agglomérations américaines. Notez toutefois que rien ne vous garantit lors d’un séjour en pays Amish de découvrir véritablement les Amish. Il s’agit d’une population d’authentiques fermiers et producteurs agricoles (pour la plupart) et la majorité ne prête pas tellement attention aux touristes (à l’image finalement de nos bonnes vieilles campagnes). Le dimanche vous pourrez y voir des rassemblements devant certaines fermes. Il s’agit d’un rituel qui consiste à se rassembler pour socialiser entre familles. Le dimanche toujours est aussi le jour de la messe (qui est dite en vieil allemand, ou Haut Allemand) mais inutile de penser y participer comme pour un gospel de Harlem.

En ce qui concerne les musées il n’y en a aucun qui soit véritablement incontournable mais ils permettent de découvrir les cultures locales et l’histoire de la région. L’Ephrata Cloister (situé à Ephrata, logique, entrée payante) sur la route US-272 est une reproduction d’un cloître d’immigrés allemands protestants du 18e siècle qui avait notamment la particularité d’être une sorte de maison d’édition de la première heure. Une tradition qui perdure toujours ! Un peu plus au sud, à proximité de Lancaster City, le Landis Valley Museum (Kissel Hill Road, entrée payante) est un écomusée historique qui reproduit la vie rurale des communautés locales. Egalement des démonstrations d’artisanats comme souvent dans ce genre de musées.

Manger dans le Lancaster County

La nourriture est l’un des grands plaisirs du Dutch County. Elle est (le plus souvent) bonne, (toujours) d’inspiration allemande et surtout servi généralement en quantité (absolument) gigantesque. Les Amish ne possèdent pas de restaurants, ce qui serait contraire à leur style de vie (sans électricité par exemple). En revanche ils installent régulièrement des stands sur le bord des routes du comté devant leur ferme pour vendre leurs produits (confitures, tartes, pains…). Comme il y a plus de 5000 fermes dans la région, vous aurez de quoi découvrir la production locale ! L’une des spécialités du coin sont les immenses restaurants à volonté qui se trouvent sur les routes US-30 et US-340. De loin ils n’ont pas l’air très authentique. De près, ils ressemblent même carrément à de bons attrapes touristes avec leurs décorations rustiques en carton-pâte et leurs employés costumés. Toutefois dans la pratique ce n’est pas si mal. La nourriture y est bonne et les prix très doux. On s’installe à de grandes tables communes et on attend que défile des montagnes de nourriture dans notre assiette (poulet frit, saucisses, fromage, maïs, jambon fumé…) jusqu’à ne plus pouvoir rien avaler ni même se déplacer. Le tout est fréquenté exclusivement par des touristes (il faut dire que les locaux ne vont pas au restaurant) et il est inutile d’espérer trouver une porte ouverte après 20h ! Lancaster City, bien qu’elle soit la ville principale de la région avec ses petits buildings n’est pas beaucoup mieux lotie donc il est inutile d’espérer y trouver des horaires plus larges (en dehors de quelques diners). En pays Amish l’électricité n’est pas commune et la vie s’adapte au rythme du soleil.

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