Freedom Trail, Boston, Massachusetts

Freedom Trail Boston Massachusetts

Ceux qui vont lire cet article en entier pourront se considérer comme de vrais patriotes !

La meilleure façon de découvrir Boston, de s’y orienter et d’en parcourir l’histoire est d’arpenter le Freedom Trail. Signifiant le « sentier de la liberté », le Freedom Trail est l’attraction numéro un de Boston. Il peut être parcouru en intégralité ou en partie, en suivant la ligne de briques rouges incrustée dans les trottoirs de la cité. Il est possible de prendre le Freedom Trail depuis n’importe quel lieu, mais techniquement la visite complète, détaillée par l’office du tourisme, débute au niveau des jardins de Boston Common, à l’office du tourisme justement.

La première étape du chemin est le Massachusetts State House. Facilement reconnaissable avec son dôme doré et ses briques rouges, l’assemblée de l’état fut construite en 1798 par l’architecte Charles Bulfinch. Mr Bulfinch est aussi à l’origine du Capitole de Washington DC (petite anecdote pour briller en société). En lui-même, le bâtiment n’a rien de particulier, mais on peut tout de même noter qu’il abrite la Morue Sacrée du Massachusetts, et ça, ce n’est pas rien. Cette grande morue en bois fut donnée par un pêcheur afin de symboliser l’importance de l’industrie de la pêche pour la ville. La fameuse morue est pendue dans l’assemblée face au pupitre et on lui donne une direction différente selon le parti qui est au pouvoir (véridique). Pour faire dans la surenchère, les sénateurs ont décidé eux aussi d’avoir leur petite mascotte de poisson en bois et l’on trouve donc pendu au-dessus d’un chandelier dans la Massachusetts Senate Chamber (chambre du Sénat du Massachusetts) un maquereau sculpté surnommé le Saint Maquereau. L’histoire de la morue sacrée du Massachusetts est évidemment émaillée de multiples cocasseries dont la principale est sans doute son vol en 1933 par les journalistes du Harvard Lampoon (une revue humoristique publiée par l’université d’Harvard). Ils avaient donc décidé de chaparder la Morue. Tout ceci a fait un scandale incroyable et les députés avaient jugé qu’il était parfaitement impensable de conduire les affaires de l’État sans le regard bienveillant de leur morue sacrée. La police a été mise sur l’affaire et a même été jusqu’à chercher les fonds de la rivière Charles. La morue fut finalement rendue lors d’une remise d’otage digne d’un film d’espionnage. Cette affaire, on ne peut plus fantasque, est officiellement appelée l’affaire du Cod-napping, un jeu de mots entre kidnapping et cod (morue en anglais). Je préfère préciser que ce n’est pas de la science-fiction et que tout ceci est vrai.

En continuant le Freedom Trail, on arrive à Park Street Church. À noter la particularité de cette église que l’on ne peut visiter qu’en juillet et en août, sinon c’est sur rendez-vous uniquement. Selon Henry James, l’église de Park Street était « l’amas de briques et de mortier de toute l’Amérique ». C’est un peu excessif, mais son clocher est tout de même remarquable. D’un point de vue historique, c’est dans cette église que William Lloyd Garrison prononça l’un des premiers discours publics abolitionnistes, le 4 juillet 1829, déclenchant une série d’évènements (dont une grande guerre) qui aboutiront finalement à la fin de l’esclavage aux USA. Garrison était un grand homme qui aura lutté toute sa vie pour les droits des autres (contre l’esclavage puis pour le vote des femmes). Dans un autre registre, c’est également de l’église de Park Street qu’est partie la congrégation qui établira la toute première mission américaine sur les îles Sandwich, plus connues aujourd’hui en tant que 50e état du pays, Hawaii.

Juste à côté de l’église, l’ancien cimetière de Old Granary compte parmi ses quelque 5000 résidents permanents (et pour cause…) de nombreux grands noms de l’histoire américaine. Paul Revere, grand révolutionnaire que nous reverrons un peu plus loin, Adams, Hancock et Plaine, trois des signataires de la déclaration d’indépendance, ou encore Mother Goose. Connue en France sous le nom de Mère l’Oie (ou Mère l’Oye), Mother Goose est un personnage entre fable et réalité. Elle aurait été une grand-mère qui collectait des contes de fées et les chantait pour ses petits-enfants. Parmi ceux-ci la Belle au Bois Dormant ou Cendrillon. Évidemment ces contes sont attribués à Charles Perrault, mais publiés dans un livre intitulé Contes de ma mère l’Oye. Toute cette histoire étant pour le moins floue, elle n’a retenu (à Boston du moins) que cette tombe, où reposerait donc la véritable Mother Goose. Cette « vraie » personne était Elizabeth Vergoose, qui vivait à Boston à la fin du 17e siècle. L’une de ses filles devenue adulte se serait mariée à un éditeur qui aurait fini par publier un recueil des contes de sa belle-mère. Tout ceci est à prendre évidemment avec des pincettes…

Le King’s Chapel Burying Ground est un autre cimetière (oui, c’est la partie un peu glauque du Freedom Trail…). Celui-ci accueille le repos des premiers colons de l’Amérique dont nombre d’entre eux avaient fait le voyage depuis l’Europe sur le bateau Mayflower. Ils sont tous inconnus, mais autant dire que ce n’est pas rien. On y trouve également la tombe de John Winthrop, le premier gouverneur de la première colonie américaine (débarqué quelque temps après les colons du Mayflower et leader des puritains qui souhaitaient établir une utopie en Amérique). Pour en savoir plus, je vous invite à lire l’article d’introduction sur l’état du Massachusetts.

Un peu plus loin, une statue de Benjamin Franklin (qui est au moins aussi omniprésent à Boston qu’il ne l’est à Philadelphie et ce n’est pas peu dire) marque l’emplacement de la première Boston Latin School, sur la bien nommée School Street. Cette école publique fut la première du pays et c’est toujours la plus ancienne des USA, car elle existe toujours même si elle n’est plus au même endroit après avoir déménagé plusieurs fois pour s’agrandir. Il faut dire que la première Boston Latin School ne comptait qu’une classe de moins de 10 élèves et qu’elle en compte aujourd’hui près de 2500. Parmi ces élèves devenus célèbre on ne compte pas moins de 4 gouverneurs de l’état, 4 présidents de l’université d’Harvard et Benjamin Franklin, of course. L’actuelle Boston Latin School se trouve sur l’Avenue Louis Pasteur.

Près de la statue de Franklin (et en face du cimetière de King’s Chapel), mais pas officiellement sur le parcours du Freedom Trail, l’hôtel Parker House (aujourd’hui propriété de la chaîne Omni) est l’un des grands établissements de la ville et a accueilli un grand nombre de personnalités historiques (JFK, Dickens, Malcom X…). N’hésitez pas à jeter un coup d’œil au lobby, ça vaut le coup.

En continuant sur Washington Street, au cœur de Downtown, on trouve ce qui peut être considéré comme la partie centrale du Freedom Trail. On y découvre les deux bâtiments les plus importants de Boston d’un point de vue historique. L’Old South Meeting House, tout d’abord, était le plus grand bâtiment de la ville anglaise (préindépendance). Si c’est aujourd’hui un musée et un site majeur dans l’histoire de la révolution américaine, c’était à l’origine une église pour les puritains. C’est par la suite devenu un lieu de rassemblement naturel pour la population locale. C’est ici que Samuel Adams s’est adressé à près de 5000 personnes le 16 décembre 1773 déclenchant ainsi l’évènement connu sous le nom de Boston Tea Party où la foule s’est emparée des cargaisons de thé des navires de l’East India Company pour les déverser dans le port de Boston. Les tensions entre l’Angleterre et les colonies ont explosé à cette occasion. Nous connaissons tous cet évènement qui est étudié à l’école dans les manuels d’histoire, car il est le premier pas majeur vers la révolution américaine.

Toujours sur Washington Street, l’Old State House, est l’autre grand bâtiment historique du Freedom Trail. Construit en 1712 il s’agissait du siège du gouvernement colonial. C’est l’un des plus beaux monuments historiques (à mon sens) de Boston et il se tient toujours fièrement au cœur de la ville, quoiqu’il soit aujourd’hui regardé de haut par les gratte-ciels modernes qui l’entoure. C’est depuis le balcon que l’on voit en façade du bâtiment que la déclaration d’indépendance a été lue à Boston pour la première fois le 18 juillet 1776 (après qu’elle fut rédigée puis proclamée à Philadelphie le 4 juillet de la même année). Ironie de l’histoire (qui n’en est pas avare), deux siècles plus tard presque jour pour jour (en réalité le 11 juillet 1976) la reine d’Angleterre Élisabeth II se rendit à Boston pour commémorer le bicentenaire des USA et fit un discours depuis ce même balcon. Nul doute que s’ils avaient pu lire l’avenir, les révolutionnaires américains n’y auraient pas cru ! À l’intérieur du bâtiment se trouve désormais un musée consacré à l’histoire de Boston (entrée payante, ouvert tous les jours). Au sommet du bâtiment, vous remarquerez les statues du lion et la licorne qui sont les symboles de la monarchie britannique (le lion pour l’Angleterre, la licorne pour l’Ecosse), car il ne faut pas oublier que Boston était à l’origine une ville anglaise d’Amérique et que les habitants y étaient anglais.

Quasiment sous le balcon orné de l’Old State House, beaucoup de visiteurs (en fait personne) ne remarquent pas le rond de pierres pavées qui marque l’emplacement du site du Boston Massacre. Le 5 mars 1770, les soldats britanniques ont tiré sur une foule qui leur jetait des boules de neige remplies de pierres (d’où le symbole des pavés), l’un des premiers actes de rébellion des futurs américains.

La partie du Freedom Trail qui intéresse le plus les visiteurs amateurs de shopping se concentre autour du Quincy Market et du Faneuil Hall (dont le nom se prononce plus comme « faniel »). Le Faneuil Hall, qui ressemble à s’y méprendre à l’église de Park Street, était un ancien marché financé par un marchand local du nom de Peter Faneuil (quelle coïncidence !). C’était également un lieu de rassemblement pour les révolutionnaires. On peut notamment y voir juste devant la statue de Samuel Adams, l’un des grands bâtisseurs de la révolution. Vous pourrez remarquer sur le toit du bâtiment une girouette représentant une grande sauterelle. Il existe une anecdote intéressante liée à cette girouette puisqu’elle servait à l’époque de la révolution américaine à démasquer les espions anglais des vrais patriotes. Ces derniers devaient savoir ce que représentait la girouette. Dans le cas contraire, ils étaient considérés comme des espions. Ce n’était certainement pas infaillible. Bon en réalité aujourd’hui le Faneuil est surtout un bâtiment historique et il n’y a pas grand-chose à l’intérieur et pas vraiment de vraies boutiques. Pas d’inquiétude, il suffit de traverser le Faneuil Hall (admirez quand même l’intérieur) pour déboucher devant le Quincy Market. L’intérieur de ce beau bâtiment, qui a toujours abrité un marché, rassemble de nombreux stands de restaurations, dans la veine du Chelsea Market de NYC. En réalité, c’est d’ailleurs le Chelsea Market qui est dans la veine du Quincy Market de Boston, car ce dernier fut le premier du genre aux USA, marquant ainsi une grande tendance dans la rénovation urbaine du pays. À noter que l’ensemble de la rénovation a été supervisé par la même équipe que le célèbre Covent Garden de Londres. Ici, c’est donc le même modèle, restaurants, stands, et de nombreuses boutiques réparties dans des galeries marchandes, le tout dans un espace entièrement piéton. C’est sympathique et bien sûr très touristique. À noter que vous pourrez y manger pour pas très cher et le choix est varié.

À côté des marchés, sur Union Street, vous pourrez faire un petit détour hors du Freedom Trail pour visiter le New England Holocaust Memorial. Ce mémorial se distingue des autres par son attention toute particulière aux victimes non-juives. Il s’agit de six grands piliers en verre creux ressemblant à des cheminées d’usines et gravé d’informations sur l’holocauste.

De retour sur le Freedom Trail nous arrivons dans le quartier aux influences italiennes du North End. Généralement, les visiteurs s’arrêtent au Quincy Market avant de repartir vers Downtown et le North End est donc beaucoup moins visité. La raison est assez simple, le North End est séparé du centre-ville par l’autoroute I-93. C’est ici que les bienfaits du Big Dig, l’immense projet urbain qui a permis d’enterrer l’autoroute dans le centre-ville, sont les plus visibles. Auparavant il fallait passer sous l’autoroute, dans un cadre pas forcément génial. Maintenant, toute l’autoroute passe dans un tunnel et le North End s’est trouvé désenclavé. Comme je l’ai dit, cela n’empêche pas la plupart des visiteurs de s’arrêter avant.

Le premier site du Freedom Trail dans le North End est la Paul Revere House, la maison de Paul Revere qui en plus d’avoir été habité par l’un des plus grands révolutionnaires américains possède également la distinction d’être la seule demeure du 16e siècle encore debout à Boston. La maison en bois se visite tous les jours en haute saison (fermée le lundi en basse saison), l’entrée est payante. Elle fut construite après le grand incendie qui ravagea Boston en 1676, ce qui explique qu’elle soit encore là. Paul Revere y a habité pendant environ 30 ans à la fin du 18e siècle. Revere est particulièrement connu pour avoir été décisif en informant l’armée des colonies américaines de l’arrivée des troupes britanniques avant les batailles de Lexington et Concord, alors qu’ils ne s’y attendaient pas. Il existe aux USA un poème bien célèbre, Paul Revere’s Ride (la course de Paul Revere), qui commémore l’acte patriotique de Paul Revere. Toutefois, il est de notoriété publique qu’il n’est pas franchement très fidèle à la réalité historique. Peu importe, aux États-Unis l’histoire est souvent retranscrite sous sa forme héroïque et sensationnelle, quitte à omettre voire à modifier quelques détails ou lieux.

Tandis que Revere était parti prévenir de l’attaque imminente des Anglais à Lexington, le 18 avril 1775, deux lanternes avaient été accrochées au beffroi de la Old North Church, visible sur Salem Street. Ceci était destiné à prévenir Charlestown (l’ancien nom du quartier du North End, qui désigne aujourd’hui le quartier sur l’autre rive de la rivière Charles) de l’attaque si jamais Revere se faisait prendre. La consigne était la suivante « one if by land, two if by sea » (un si par la terre, deux si par la mer), un mot d’ordre assez flou pour ne pas être compris par les espions anglais. Il s’agissait donc des lanternes accrochées au beffroi de cette église et qui ont prévenu le quartier que les Anglais allaient attaquer par la mer.

Théoriquement le Freedom Trail continu avec un dernier site de l’autre côté de la rivière Charles, à Charlestown. Cependant, il faut être motivé pour traverser la rivière, car cela fait une assez longue marche. À noter qu’il existe un service de ferries entre le North End et Charlestown. Si vous aimez marcher ou si vous prenez le bateau vous pourrez donc voir le navire USS Constitution. C’est le plus ancien bateau militaire toujours à flot des USA et même du monde, car construit en 1797. Ce bateau historique se découvre lors de visites menées par des guides en costumes d’époques (et c’est gratuit). À noter que chaque année, pour le 4 juillet (indépendance du pays), le bateau navigue quelque temps dans la baie puis retourne à son ancrage, mais dans le sens opposé. Cela permet d’harmoniser les effets de l’érosion sur le bateau, car le côté qui fait face à l’eau s’abime plus rapidement. Je tiens à préciser que je sais pertinemment que tout le monde s’en fout ! Si vous êtes arrivés jusqu’ici félicitations, vous êtes l’un des rares Européens à avoir complété le Freedom Trail.

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